Avant de
commencer mon histoire, je me dois de vous donner des précisions quant à mon
sujet et à mon rapport avec... les fleurs.
J'ai commencé à parler aux fleurs lorsque j'ai déménagé de ma cité pour cette
enchanteresse campagne. J'avais cinq ans, je m'en souviens très bien. J'avais
aidé ma mère à planter les oignions des futures tulipes dans nos plates-bandes
; et lorsque les tulipes sortirent, elles se mirent à parler, ou plutôt, je les
entendais parler. Et ce fut ainsi pour toutes les fleures sauvages que je
croisais –quand je dis sauvages, c'est à dire directement liées à la terre et
non en pot-, je les entendais parler entre elles, rire et chanter. Mais pour
l'instant, jamais elles ne m'avaient remarqué. Je finis par arrêter
''d'entendre'' les fleurs, pour me mettre à les ''écouter''. Je m'étais
particulièrement attachée à un groupe de diverses fleurs qu'abritait une
minuscule clairière , assez profonde dans les bois. J'avais dix ans. Après mes
brefs devoirs, je courais vers la forêt, m'allongeais avec un bloc-notes dans
la prairie et m'instruisais du savoir des fleurs. Il faut savoir que les
fleurs, ainsi que tous les végétaux dans leur ensemble, sont des fils et filles
de la terre. Et la terre étant une bonne mère, transmet d'office son savoir à
ses progénitures. Ainsi, les brins d'herbe, aussi bien que les arbres
centenaires, en savaient autant que la terre elle-même sur son histoire. Ce qui
variait du brin d'herbe à l'arbre centenaire, c'est la sagesse personnelle que
seules, les années pouvaient donner.
La terre ayant un particulier sens de l'ouïe, elle connaissait tous les termes
scientifiques utilisés par les êtres humains à son sujet. Ainsi, j'écoutais les
fleurs débattre sur la photosynthèse et les idées que les scientifiques en
avaient. Ma culture biologique et botanique s'étoffa ainsi, une année et demi
durant. Un jour, je me permit de les interrompre, car cela faisait une semaine
qu'elles répétaient les mêmes choses. Je m'éclaircis la voix et dit : «
Excusez-moi de vous interrompre Mes Demoiselles, mais pourriez-vous m'en dire
plus sur la manière dont vous vous reproduisez ? ». D'un coup, la clairière se
tu, on n'entendait plus que les oiseaux gazouiller. Le silence pesa ainsi une
longue minute, puis l'une d'elle répondit enfin : « Qui es-tu petite, pour
poser de telles questions ? ». Je m'empressa de dire « Oh, mon nom est Alice...
». Les fleurs créèrent alors un brouhaha dont je ne pouvais tirer le moindre
mot. Puis soudain, elles se turent, comme elles l'avaient fait auparavant. La
même fleurs éleva sa voix mélodieuse : « Chère Alice, excuse-nous ces silences
impolis, mais une telle chose ne nous est jamais arrivée : c'est la première
fois qu'en être comme le tien s'adresse aux fleurs, la première fois depuis la
naissance de notre bien-aimée mère ». Malgré mon jeune âge, je les comprenais
sans problème : sans doute de puissants sorciers avaient déjà écouté les
arbres, ou la terre elle-même, mais pas les marguerites, ni les boutons d'or,
ni le muguet n'avaient étés entendus...
Alors depuis ce jour là, je me mis à converser avec les fleurs, nous parlions
jusqu'au coucher du soleil. L'hiver, lorsque la neige arrivait, je les
regrettais atrocement, me rabattant sur mes écrits, je continuais de mettre sur
papier ce qu'elles me contaient.
Les années passèrent, le contacte avec les fleurs brassait mon quotidien. Elles
partageaient avec moi leurs théories, leurs légendes et moi je leur lisais des
livres, leur chantais des chansons et nous vivions dans une harmonie totale.
Les années se marquaient également sur mon corps. Je n'étais plus la petite
tête blonde aux formulations de génie, j'étais devenue une jeune fille aux
cheveux incroyablement longs et fins, vêtue de mon inséparable robe émeraude.
Ma silouhette était fine, mes yeux brillaient des couleurs du profond océan...
Selon beaucoup, j'étais ''jolie'' voir ''belle'' mais cela m'était égal. Le
contacte que j'avais avec les fleurs avait eu pour conscéquence de me couper du
monde extérieur, de la société de nos jours. Je n'avais pas d'ami, le regard que
les autres enfants portaient sur moi ne m'importait pas le moins du monde.
Seules les fleurs m'importaient, et les fleurs étaient aveugles. Pour élèves et
professeurs, j'étais une simple enfant prodige au regard rêveur qui passait ses
pauses à dessiner. Très peu de gens connaissaient le son de ma voix et mes
parents étaient trop occupés avec leur travail pour se préoccuper de ce que je
faisais de mes journées.
Le jour de mes quinze ans, c'était lors d'un tranquille mois de mai, je me
trouvai coincée au lit par la maladie, c'était encore un jour de moins sans les
fleurs. Etant en pleine puberté, je savais tout à fait exprimer mes envies et
surtout mon mécontentement, aussi mes braves parents cédèrent et le lendemain
je me précipitai au milieu des bois malgré une fièvre délirante. A mon arrivée
dans la verte clairière, je compris tout de suite que quelque chose n'allait
pas. L'habituel bourdonnement enjoué de mes précieuses s'était transformé en un
murmure inquiet. Par reflexe je les questionna, je voulais connaître la cause
de cette inquiétude. La réponse que j'obtenus me cloua sur place : « Des
enfants de l'éther et du feu, ils sont venus maudire en nos paisibles bois...
Nous craignons toutes pour toi, ne mets plus les pieds ici, ou ils te lanceront
le mauvais œils ! ». Je ne m'attendais à pareille affirmations ; des enfants de
l'éther, c'était donc des hommes, s'ils étaient avec le feu cela signifique
c'était sans doute des sorciers sérieux, je répondis : « Il n'en est pas
question, je n'ai pas peur d'eux. Combien étaient-ils ? » demandais-je, « Ils
se portaient au nombre de trois humains de chaire et de sang »
soufflèrent-elles effrayées. Je les apaisai, et leur dit que ce soir, je
veillerai sur cette partie du bois pour voir de mes propres yeux qui osait ainsi
piétiner mes amies.
La nuit tomba. Un certain nombre de minutes défilèrent puis enfin, je perçus
des pas réguliers dans le lointain. « La terre est avec toi... » me soufflèrent
des fleurs avant de faire régner le silence. Tel un habile chamois, je sautai
derrière un arbre afin de me cacher. Les trois sorciers finirent par arriver à
l'endroit dit. Ils étaient deux garçons et une fille, tous à peine plus âgés
que moi, j'estimai leur âge à environ dix-huit ans. Etant informée sur le sujet
par le biais de mon ordinateur, je m'attendais à ce qu'ils placent pentacles,
bougies, calices et dagues en un autel, et c'est ce qu'ils firent. Après cela,
la fille traça un cercle de sel sur le sol ce qui me fit frémir : le sel fait
mourir toute végétation et empêche la terre de refleurir. Avec des incantations
diverses ils ''protégèrent'' le cercle puis ils y firent entrer l'un des
garçons. Ils invoquèrent un esprit quelconque qui s'enfouit dans le corps du
pauvre. Le corps s'éleva de quelques centimètres et se mit à converser avec les
deux autres. Ils parlaient fort, mais je n'étais pas sûre de comprendre ce
qu'ils disaient... Pour finir, ils conclurent un genre de pacte et avant de
quitter le corps du jeune homme, l'esprit pointa d'un doigt tremblant l'arbre
derrière lequel je me cachais. Il dit : « Prenez garde car dans ses bois se
cache une âme élémentaliste qui vous a observé toute la nuit durant. ». D'un
œil inquiet, je vis l'esprit ''sortir'' du corps du garçon, soulevant le sel
dans son élan, je vis le garçon retomber en s'affalant sur le sol. Les deux
autres se regardèrent, s'armèrent de bâtons durs et partirent dans ma
direction, sans un coup d'œil pour leur ami encore au sol. Prise de panique, je
m'enfuis à travers les ronces, et m'ayant remarquée, les deux sorciers ne
tardèrent pas à imiter mon geste. Ils me rattrapaient sérieusement de moi quand
soudain les ronces se refermèrent sur leurs chevilles et foutèrent leur dos. Je
profitai de cette diversion pour courir de plus belle et reprendre de l'avance
et me cacher derrière un monolithe. Mes deux assaillants sortirent, avec rage
des ronces mais à peine avaient-ils fait un pas sur le sol dur de la forêt que
les arbres sortirent leurs racines et clouèrent au sol les deux jeunes. Je
profitai de ce répit pour reprendre mon souffle et mes esprits, mon front
brûlait et un arc électrique dansait entre mes deux oreilles. Ils frappèrent
leur bâton sur les racines en prononçant une formule étrange et les racines des
arbres lâchèrent vivement leur emprise. Haletant mais calmes, il se remirent en
marche, ils savaient que si je bougeais, ils me repéreraient et m'attraperaient
de suite. Ils s'approchaient dangereusement de ma cachette lorsque la terre se
mit à trembler les faisant basculer au sol, ils perdirent leurs armes et à nouveau
les racines des arbres se mirent en branle, et les clouèrent à la terre. Je
sauta sur l'occasion et me remit en course. Je fut stoppée net après deux
minutes de pas eifreinés par le visage de glace du troisième sorcier. Ses yeux
se plongèrent dans les miens, ses mains se fermèrent sur mes poignets, je
n'avais plus d'échappatoire.
Alors j'utilisa une technique qui m'était propre : je fermis les yeux, et
m'écroulai au sol. Le jeune homme soupira, mon plan avait marché. Je l'entendis
tirer une petite pierre plate et le sentis la mettre sous ma tête, puis il
enleva sa cape et me couvrit avec. Puis il réunit des petits branchages et les
enflamma à l'aide d'un briquet et de petites feuilles. Je sentais le feu me
réchauffer doucement alors que j'entendais les pas précipités de la fille et du
garçon qui arrivaient, je le supposais, dans un sal état.
- Litzus, qu'as-tu ? dit la fille.
- Rien, elle s'est évanouie. Elle est brûlante je crois que cette fille est
malade... commença le troisième garçon
- Et bien pour quelqu'un de faible, elle nous a donné bien du fil à retordre...
fit le garçon qui m'avait poursuivi.
- Et qu'est-ce que nous sommes censés faire ? demanda Litzus. Claire, une idée
?
- Il faut la réveiller, dit la nommée Claire. Ezéchiel, va chercher la gourde...
N'ayant pas la moindre envie d'être trempée, je simula un réveil en sursaut.
Essoufflée, je demandai de l'eau, histoire de gagner du temps. L'élégant Litzus
se leva, fit trois mètres et revint avec une gourde militaire pleine d'eau
fraîche.
- Qui es-tu ? fit Claire sur un ton plein de rage
- Je ne sais pas, mentis-je, vous qui êtes-vous ? Que faites vous ici ?
- Je vais t'apprendre à te moquer de moi hurla Claire en levant son bâton.
Mais elle n'eût pas le temps de s'exécuter, Ezéchiel la stoppa net dans son
mouvement. Il se leva et prit la parole :
- Je me nomme Ezéchiel, voici Claire et mon frère Litzus. Nous aimerions bien
savoir qui tu es jeune fille, nous ne te voulons aucun mal. La forêt est à tout
le monde, nous venons dans ce coin depuis de nombreuses années.
- Cela n'est pas vrai, dis-je, c'est la deuxième fois que vous foulez ces
terres avec de telles intentions. Je sais tout ce qu'il se passe dans ces bois
mais passons... Ce sont vos vrais noms... Ezéchiel, Litzus et Claire ?
- Non, avoua Ezéchiel, mais c'est ainsi que nous souhaitons être nommés de
toute manière tu ne connaîtras pas nos noms usuels. Tu n'as pas répondu à la
question petite, qui es-tu toi ?
- Je m'appelle Alice et je veux savoir ce que vous faites ici !
- Moua, Alice ! pouffa Claire, si tu sais tant de chose quant à ces bois, tu
sais très bien ce que nous faisons ici.
- Vous êtes des sorciers ? fis-je ébahie.
Litzus souria et vint s'assoire à mes côtés. Il me prit les épaules et me dit :
- Oui ma chère nous sommes des sorciers qui cherchent la distraction parmi ces
bois. Nous pensions devoir la chercher des années durant et toi déjà tu
apparais. Toi tu n'es pas une sorcière, qu'es-tu donc ?
- Je suis une petite fille, fis-je menaçante, je veux que vous cessiez vos
activités en cette clairière et que vous me laissiez rentrer chez moi. Je suis
malade et je sens que mon état va empirer si je reste ici.
- Non tu resteras avec nous, dit Ezéchiel d'un ton assuré, nous avons de quoi
coucher sur le sol [...]
A ce qu'il paraît ça date du 31 mars 2008, mais je le soupçonne d'être plus vieux que cela..
J'étais encore affalée
sur l'un des bancs qui longeaient l'étang de Parc du Désert lorsque j'entendis
son pas, fin et mélodieux approcher de moi. Alors dans un soupire je me
redressa en position correcte et tourna la tête vers lui, qui à ma vue, sourit
tendrement. Son long manteau noir faisait voler les feuilles mortes sur son
passage et la lumière froide découpait sa silhouette noire à l'horizon lui
donnant, à son plus grand plaisir, un air surnaturel...
Lui, c'est Erebos.
Erebos, c'est mon ami, mon meilleur ami, mon seul ami. Erebos, c'est aussi un
vampire, un vampire simple, parmi d'autres, mais c'est un vampire tout de
même...
Je me souviens de notre rencontre, à vrai dire, tout a commencé sur un jeu en
réseau, lorsque promise à une mort injuste un charmant mort-vivant invocateur
de niveau 48 vint à mon secours, me sauvant d'une pénible fin. Comme toutes
personnes pourvues de politesse, je lui fis mes humbles remerciements et comme
toutes personnes pourvues de galanterie, il engagea la conversation. Elle ne
s'arrêta que deux heures plus tard, lorsque mes yeux commençaient à piquer, et
le sujet avait tourné sur les vampires. Je sentais à travers ses mots, combien
cet individu était passionné et sûr de lui sur le sujet. Moi qui étais fière de
pouvoir, du haut de mes 15 ans, émerveiller les plus grands avec mes histoires
il se trouve que cette fois, je n'avais rien à lui apprendre, et que parfois
même il me reprenais sur ma logique. Emerveillée, je fis tout ce qui était en
mon pouvoir pour ne perdre contacte avec lui, plus les jours passaient et plus
les conversations étaient longues et passionnantes, ces idées commençaient même
à hanter mes rêves jusque là inexistants pour moi. Ainsi plusieurs mois
s'écoulèrent, les cours reprirent et les jours se raccourcirent...
Bientôt sa proposition se fit : une rencontre, vu qu'il habitait Lausanne et je
n'étais guère loin. J'ai longtemps retourné la question et j'ai finit par
accepter. Bien sûr, pour des raisons de sécurité, j'ai souhaité notre rencontre
dans un endroit mouvementé à une heure de pointe. Et c'est comme ça que le mercredi
5 octobre 2005 à 13h30 vers l'église St François, nous nous vîmes pour la toute
première fois. Tout ce passa bien et depuis, je le rejoins sur Lausanne environ
un week-end sur deux.
Ce fut au début du mois de janvier qu'il m'avoua son secret : il était un
vampire. Bien sûr, je ne le croyais pas, pour moi les vampires sont, bien que
passionnants, fiction. Mais ce devait être la première fois qu'il me parlait de
son lui profond, et pour cette raison j'écouta son récit. Il ne serait pas un
vampire mythologique comme il m'en parlait depuis bien longtemps, mais un
vampire "moderne", il voit le jour sans peine et ne crains quasiment
rien tel que l'eau bénite ou les crucifix. Il se qualifie de vampire par sa
dépendance au sang, dont il ne s'abreuverait non pas sur des victimes mais au
près d'hôpitaux spécialisés et qui le garde sous secret. Il dit qu'en générale,
il rencontre ses donneurs à qui il explique ce qu'il est, donneurs à qui il
pourrait aussi, faire confiance. Il ne serait pas éternellement jeune selon
lui, il vieillirait et mourrait tôt ou tard, d'ailleurs, il était bien vivant.
Ce serait sa dépendance qui le suivrait à travers ses vies jusqu'à la fin des
temps.
Je doutais de la
vérité de ses paroles. Mais ce jour-ci, 28 octobre 2006, il allait me prouver
que ce que je prenais pour un fantasme suite à un fanatisme poussé était une
vérité. Une atroce vérité...
- Bien le bonjour, m'a-t-il dit, comment vas-tu ?
- Je vais bien merci, un peu fatiguée, mais rien de grave, et toi ?
- Bien sûr, comme toujours... Dis voir Sarah, j'ai à te parler... Je dois te
parler de mon passé, c'est très important, je souhaite que tu m'écoutes
attentivement.
J'ai été très surprise de l'entendre dire ceci, jusque là, je ne savais
quasiment rien de lui, si ce n'est son secret. Je savais son vrai prénom,
Samuel et il se trouve qu'il a beaucoup rit de mes tentatives acharnée pour
tenter de prononcer ou alors d'écrire son nom de famille. Un nom polonais,
selon lui, c'est un de ses lointains ancêtre qui est venu en Suisse il y a fort
longtemps. Mais pour le reste de sa vie, j'ignorais jusqu'à son âge et même
s'il avait vraiment des parents.
Ce long silence pendant lequel je me remémorais tout ça le poussa à parler à
nouveau :
- Sarah, tu ne me crois pas n'est-ce pas ?
- Que veux-tu dire par là... lui répondis-je sincèrement.
- Lorsque je dis que je suis vampire, tu ne me crois pas ! Je te comprends ne
t'en fait pas, c'est une vérité difficile à accepter...
Je me levai dignement, j'avais bien l'intention de lui dire les choses en face.
- Oui en effet, dis-je sur un ton serein, je ne te crois pas. Et pour tout
dire, je n'aime pas que l'on me prenne pour une idiote, tu le sais très bien.
Tu parles de vérité, mais peut-être serait-il temps que tu ailles vérifier le
vrai sens de ce mot dans un dictionnaire, parce que tu me racontes là n'a ni
queue ni tête !
- Je sais ce que tu penses, mais voilà, Sarah... Je t'aime Sarah, et je dois te
dire la vérité ! Je suis un vampire, Sarah. Cela fait des siècles que je
traverse les vies avec cette malédiction sur le dos. Sarah, sois mienne je t'en
prie, laisse moi faire de toi un vampire, je ne souhaite jamais te quitter, je
souhaite que tu traverses les siècles avec moi !
- Arrêtes, lui ordonnais-je les yeux coulants, sors toi donc cette idée stupide
de la tête, tu n'es pas un vampire et je sais que tu n'es pas fou ! Alors je
t'en prie moi aussi, ouvre les yeux et arrêtes de rêver ta vie.
- Sarah, se reprit-il, écoute moi seulement, je veux juste que tu m'écoutes
après tu jugeras...
- Mais je n'ai fait que t'écouter jusqu'à maintenant, tu m'as laissé assez de
temps pour juger ! l'interrompis-je.
- Non, s'il te plaît, je sais que tu brûles de savoir ce que je vais te dire,
tu me poses des questions depuis déjà longtemps, et je vais maintenant y répondre,
écoute moi maintenant.
Et dans un soupir je me rassis lourdement sur le banc mes yeux fixant mes
pieds, coudes aux genoux. Alors doucement il s'assit à son tour et m'entoura de
ses mains, il m'embrassa le cou et doucement, il se mit à chuchoter, à parler,
et moi je l'écoutais.
- Je suis un vampire, commença-t-il, tu sais mon ancêtre de Pologne ?
J'hochais la tête, telle une enfant à qui on expliquait les choses de la vie.
- Et bien c'était moi, lors de ma deuxième vie de vampire, je m'en souviens
parfaitement, j'avais décidé de réaliser mon rêve, je voulais partir en Suisse
et mon frère actuel vint avec moi et y créa une descendance. Aujourd'hui j'en
suis à ma cinquième vie et je me souviens parfaitement de toutes les autres. Oh
pas depuis ma naissance, bien sur que non, on ne redevient vampire qu'aux
alentours de nos 15 ans, cela dépend. Les souvenirs reviennent, et en moins de
deux semaines nous somme métamorphosés et à nouveau dépendant de sang humain.
Je suis vampire depuis ma naissance en tant que vampire, savais-tu que les
simples mortels ne se réincarnent pas ? Nous oui, je suis né d'une alliance
entre deux vampires. Je n'invente rien tu dois me croire... Tu vois ? dit-il
toujours si doucement en relevant la manche droite de son manteau.
Devant moi, un spectacle incroyable se produisait, une marque violette, petite
mais peu discrète, en forme de rose se mouvait en une danse lente et
hypnotisante.
- Cette marque est celle des vampires modernes. Laisse moi t'expliquer : en
général c'est un vampire, rarement une fille... Plutôt un garçon, né d'une
alliance vampire comme celle de mes parents. Cet enfant vampire est initié aux
principes vampires lors de sa première vie, puis son devoir est de par la suite
trouver une conjointe qu'il fera vampire et à qui il enseignera à son tour. Et
ensembles ils font un enfant, et ainsi une chaîne se forme.
- Mais, dis-je ayant soudainement retrouvé la parole, est-on réincarné
forcément par l'un de nos descendants ?
- Non pas toujours, c'est même rare, il faut croire que je suis l'une des
exceptions.
Puis le silence se fit, je me remettais doucement de toutes ces émotions,
maintenant obligée de croire à son récit. Les minutes passèrent et il parla
enfin :
- Alors, Sarah, je dois savoir, acceptes-tu de faire une alliance vampire avec
moi, pour qu'ainsi nous traversons les siècles ensembles ..?
- Si j'ai bien écouté ce que tu as dit, tu me proposes ici de me maudire
jusqu'à la fin... dis-je sur un ton grave.
- J'ai peut-être mal choisi mes mots, pourquoi ne le prends-tu pas comme une
alliance éternelle, dans l'amour et la beauté surnaturelle. Ce n'est pas
vraiment une vie éternelle que je te propose ici, mais c'est tout comme. N'ai
pas peur d'avoir à refaire toute ta scolarité à l'infinie, comment penses-tu
que je connaisse cinq langues différentes ? Et ce n'est qu'un exemple...
- M'aimes-tu ? l'interrompis-je encore.
- Oui, je t'aime de toute mon âme et je t'aimerai jusqu'à la fin des temps.
Je m'approcha alors de lui, dans mon pas le plus gracieux possible.
- Je partage tes sentiments Erebos, dis-je dignement, mais ta proposition
semble bien compliquée, je te demande juste quelques temps de réflexion.
- Bien si tel est ton désir, mais ne meurs pas ce soir, j'en serais détruit. Ne
tarde pas je t'en prie.
Puis doucement il me prit par la taille, et nous nous embrassâmes tendrement.
Je ne sais toujours pas aujourd'hui, si la décision que j'avais choisie fut
vraiment la bonne, mais mes parents m'avaient eux, toujours enseignés d'écouter
mon coeur et c'est ainsi que deux semaine plus tard, nous nous retrouvâmes au
Parc du Désert pour sceller nos destins.
*****
Je marchais doucement dans l'avenue des Tilleuls, vêtue de ma plus belle robe
noire. Il était 6 heures du soir et bientôt il ferait nuit. Nous avions
rendez-vous à la petite tour rose, nommée "Le poulailler" dans un
dizaine de minutes. Ces minutes d'avances, je les passai sur l'un des bancs pas
loin de la villa du Désert. Une vue urbaine s'offrait devant moi, légèrement
adoucie par le lac qui avait pris un teint turquoise, reflet du ciel en
métamorphose... Puis je me tournai vers la villa. Son toit était brûlé,
incident provoqué par des squatters le 26 janvier 2005 vers 21 heures. Je ne
sais pas pourquoi, mais je vivais ce moment comme si je me préparais à mon
propre bûcher, je savais ma bêtise mais, l'amour rend aveugle comme on dit. Moi
je pense qu'il rend surtout sourd. Chaque sensation offerte à moi, chaque
feuille sur le sol étaient émerveillement, je les ressentais, je les admirais,
comme si c'était la dernière fois pour moi. Je me trompais, fort heureusement.
*****
A 18 heures et 10 minutes, j'étais sur les marches de la réplique minuscule de
tour de princesse. Il arriva quelques secondes plus tard, vêtu si gracieusement
que mon amour pour lui ne fit que s'intensifier.
- Ma belle... fit-il en arrivant
- Samuel
- Non je suis Erebos, c'est ainsi que tu dois m'appeler, d'ailleurs, tu devrais
te trouver un nom qui ne te quitterait pas toi aussi. Mais ne pressons rien, tu
as l'infinie pour le trouver.
Un rituel d’une extrême complexité se déroula sous mes yeux. J’y participa ne
sachant pas trop comment, comme si mon corps savait mieux que moi ce que je
devais faire. Il fut enivrant, et à sa fin nous nous jetâmes l’un dans les bras
de l’autre. J’étais heureuse à jamais.
Sur mon poignet, brillait une petite rose de violet, je pris un air
interrogateur. La seule réaction de mon observateur, fut de sourire et de
m’embrasser.
*****
Ainsi commença ma première vie de vampire. Très vite le besoin du sang se fit
sentir. Il se prononce d'abord par une soif soudaine que l'eau ne peut passer.
Puis par un phénomène de tête qui tourne qui parfois même va jusqu'à
l'évanouissement complet. A son réveil le vampire, ne pouvant mourir, vomit
sans s'arrêter et souffre atrocement. Pour éviter ces horreurs, il est donc
impératif d'avoir toujours du sang sur sois, les besoins n'étant pas
calculables. Par contre ils étaient progressif, au début je ne buvais
qu'environ une gourde par semaine, Erebos lui, en finissait une environ tous
les deux jours.
Les années passèrent, dans l'état d'esprit vampire. A mes 18 ans révolus, je me
mariai à Erebos. Nous étions à priori des gens normaux. Nous avions tous deux
un travail banal, un petit appartement dans un quartier tranquille. Erebos
affichait une véritable passion pour la musique, le métal précisément. Il
dépensait une bonne moitié de son salaire dans de nouveaux cds, dans des
stéréos, ou alors il aidait de jeunes talents. Moi j'étais moins dépensière,
sauf peut-être pour les habits que j'achetais sur des coups de têtes. Je
donnais aussi une bonne partie de mon argent à des associations humanitaires et
écologistes car pour moi le futur était le plus important de tout. C'était, et
c'est toujours, une obsession pour moi : je dois faire en sorte que l'avenir
soit le mieux possible pour que mes vies futures soient fructueuses. Je
m'imaginais, tout d'un coup naître dans une veille tribu africaine, sans avoir
de quoi boire ni manger... Cette idée m'horrifiait.
Cette première vie fut donc une vie simple, agréable mais surtout très courte.
En effet, à ses 36 ans, Erebos mourut d'un grave accident de moto et comme
notre union le préconise, je devais le suivre. Je suis donc morte en
automne 2015, deux ans après lui.
C'est ainsi : si je vis, il vit mais s'il meurt, je dois mourir. C'est aussi
pour une question d'obtenir le plus faible décalage possible entre nos deux
futures naissances. Si nous naissions avec 40 ans de différence, cela serait
moins agréable et moins discret...
*****
Ma deuxième vie fut, jusque là, la plus confortable. J'étais née le 23 décembre
2015 à Greenwich même, c'était à croire que les vampires étaient chanceux. Ma
vie était simple et paisible, fille unique dans un couple de jeunes et fortunés
parents. J'ai été élevée dans la richesse et l'amour profond. Tout allait bien,
jusqu'à mes 12 ans environ. C'est là que j'ai commencé à me poser des
questions... Des questions sur l'au-delà, sur le sens de la vie, sur
l'existence de dieu. Si bien qu'à mes 13 ans déjà, la rose encrée en moi apparu
un beau matin. Au début, je ne faisais que la deviner, puis avec le temps, elle
s'est intensifiée. Les souvenirs revenaient à moi, le français également, tout
se remettais en place dans ma tête, si bien qu'à mes 14 ans, je me souvenais
dans les détails de ma vie précédente. Et le sang, le sang commença à
m'apparaître. J'en aurai besoin, la soif était déjà en moi. Je suis donc partie
pour l'hôpital où j'ai imploré du sang.
Comme Erebos me l'avait appris, je devait expliquer mon histoire et montrer ma
marque, qui mouvait tranquillement, au rythme du sang qui coulait dans mes
veines. Alors, on finit par me donner, après maints cris à travers l'hôpital,
ma gourde, mon besoin maintenant vital. Il existait une vérité que seul les
hôpitaux connaissaient, c'était la notre, depuis des siècles, les vampires
moderne passaient chez eux, et sous présentation de leur marque, avaient droit
à du sang gratuitement. De toute manière, nous ne laissions pas le choix à la
société : c'était ou ça, ou des meurtres à trot à travers sur le monde entier.
En attendant des nouvelles de la part d'Erebos, je me trouva un nom que je ne
lâcherai plus : dès ce moment là je fus Elvina.
J'ai aussi oublié de préciser le pouvoir télépathique des vampires entre eux.
Là dessus nous rejoignons un peu le vampire mythologique, l'idée du contacte
entre le maître vampire et ses progénitures. C'est un peu la même chose ici, ce
contacte reste au fil des vies, et apparaît avec la rose vampirique.
Connaissant cette réalité, j'ai essayé en vain de contacter mon tendre Erebos,
et je n'y arrivai que huit long mois après. Ce moment fut merveilleux, celui de
ce nouveau contacte, de pouvoir ressentir à nouveau sa présence en moi. Il se
trouvait en Jamaïque, un endroit bien éloigné de moi, malheureusement. Alors
nous dûmes attendre encore de longues années avant de nous revoir, fort
heureusement, les moyens de communication n'avaient fait qu'évoluer et nous
pouvions parler et nous voir avec aise. C'est à ses 18 ans qu'il se déplaça
enfin jusqu'en Angleterre. Il y trouva un emploie de facteur et commença à
économiser en attendant mes propres 18 ans. Cela m'apprendra, la prochaine fois
je n'attendrai pas si longtemps. Ces deux années furent merveilleuses, nous
nous voyions en amoureux dans les quartiers riches de Londres, je l'avais même
présenté à mes parents comme petit ami. Mes parents eux, étaient heureux pour
moi, une fois ma majorité acquise je leur annonçai mes fiançailles que nous
fêtâmes toute la nuit. A mes 25 ans, nous décidâmes qu'il emménagerait dans
l'immense maison de mes parents. Nous y vécûmes en heureux jeun couple,
amoureux à jamais.
A mes 30 ans, soit en 2045, nous décidâmes d'avoir un enfant. Le plus bel
enfant que je n'ai jamais vu, il était doué d'une intelligence et d'une beauté
sans pareil. Comme à sa prochaine vie notre enfant, John pour le moment, n'aura
plus le moindre contacte avec nous, Erebos se montra un bon père, il lui apprit
tout ce qu'il devait savoir quant aux vies futures. Nous mourûmes tard, c'est à
mes 92 ans que je lâchai mon dernier souffle et Erebos se suicida quelques
semaines après.
*****
Ma troisième vie commença très mal. Je suis née un après midi de mars 2107,
pendant la troisième guerre mondiale. Mon père et ma mère périrent durant
celle-ci et j'atterris dans un orphelinat au beau milieu de l'Irlande. A mes 15
ans, je m'y échappai, étant en manque de sang. Je tins quelques mois en ayant
fait une victime. A mon plus grand désespoir, je dus vider le corps de son sang
pour le stocker dans des vieilles bouteilles de verre. Ce sang me suffit pour
un moment, à la condition de n'en prendre que deux gorgée par semaine, Je
m'étais cachée dans un vieux cimetière celtique. J'étais là, errante, au
désespoir de ne trouver le contacte avec Erebos. Deux mois plus tard, il se fit
enfin. Bien heureusement, il n'était pas loin, en Irlande du Nord même ! Alors
je me mis en route, à pied, pour le rejoindre, là où il avait trouvé une maison
en sécurité et un travail. Je passai donc cette vie dans la pauvreté, la guerre
était pour le moment mourante, mais la population était sous le choc, et ne
voulait plus qu'une chose, c'était la mort. Ils souhaitaient enfin, quitter ces
terres maudites.
La seule chose qui occupait ces longues années fut la réflexion. Lorsque je
repensais avec concentration au début du millénaire, je constatai l'énorme
évolution, ou la régression de l'homme. A ces jours, l'homme ne savait plus
faire preuve de bonté. Toutes religions avaient disparues, l'humain était
égoïste, donc ne faisait rien pour les autres. Les enfants se faisaient rares
et était parfois même mal vus. Les banques et les assurances n'existaient plus,
parce que la confiance avait disparu, on se méfiait de tout et de tout le
monde. Le monde des ces années là était un monde hostile et dangereux ou
l'amitié n'existait pas et où l'amour était invisible.
Ce bouleversement pourrait surprendre mais lorsqu'on vit tous ça, à petit feu,
au fur et à mesure on ne se rend pas tout de suite compte...
Erebos et moi quittâmes cette vie horrible dès nos 40 ans, pour tout recommencer
à nouveau.
*****
Je pourrais encore vous
parler longuement de toutes mes vies, mais voilà, déjà conter une vie, c'est
assez long... Mais vous parler de toutes mes vies jusqu'à présent serait trop
long. Et je me dois de ne pas vous parler de l'avenir, ce serait très dangereux
même ! Je vais juste vous dire que si je suis ici aujourd'hui, pour vous mettre
toute cette histoire par écrit, c'est que depuis le voyage dans le temps a
enfin été créé ! Mon tendre Erebos en avait marre de cette galère, alors nous décidâmes
de retourner vers les années 2000 sur Lausanne. Nous avons payés le prix fort,
mais nous n'en sommes pas malheureux. Nous sommes même très heureux, doués d'un
passé innimaginablement long et complexe, nous avons désormais assez appris de
la vie pour la vivre pleinement, en fidèles amoureux, au bord de l'étang du
Désert, ou à l'ombre dans l'Avenue des Tilleuls.
Depuis le début de la journée la plue tombait avec force,
et les nuages laissaient à croire qu'elle tomberait encore et encore, à cela
s'ajoutait le tonnerre grondant et les majestueux éclaires qui nivelaient le
ciel gris pâle.
Depuis sa piteuse fenêtre, Marlèna observait ce ciel sans
pour autant y prêter grande attention. Épuisée, elle baissa la tête pour sentir
une fois de plus le vent balayer ses cheveux roux et emplir ses poumons d'air.
De cette sensation, elle s'effraya au constat que ce vent glacial lui faisait
monter l'adrénaline. Elle jeta un dernier coup d'oeil à la neige fondue sur le
sol non loin d'elle et tourna le dos à l'ouverture murale barrées par cinq
barreaux qui commençaient à rouillés. Elle se coucha sur son lit de fortune, fixa un moment les
pierres froides qui constituaient le plafond, puis plongea à nouveau dans ce
vaste monde, qu'est celui de ses pensées et de ses souvenirs. Comme toujours,
et à sa grande déception, elle n'y trouva que des questions, des questions sans
réponses. Que fait-elle ici ? Qui est-elle ? Pourquoi ces barreaux ? Pourquoi
cette cage... Elle l'ignorait. Depuis son "réveil", il y a maintenant plusieurs
longues semaines, elle n'avait rien appris d'autre que son prénom : Marlèna,
qu'elle avait obtenu de la bouche de celui qui surveillait sa cage ; et à quel
prix, cela, elle aurait bien voulu ne jamais s'en souvenir, si bien qu'elle en
pleurait rien que d'y penser. Depuis trop de temps maintenant, elle errait
entre son lit et la fenêtre, tel une âme à jamais perdue, sans passé, sans
avenir ni présent, à attendre que le temps passe et que la neige fonde pour
laisser passer les fleures, à attendre que son dernier souffle la libère de
cette condition misérable... Elle semblait condamnée à vivre comme une vache
seule dans son champ, attendant son tour à l'abattoir. Quoiqu'une vache avait
encore droit à bien des distraction que Marlèna aurait apprécié. Au fond ; être
une vache ne l'aurait pas déplus, ou alors une fourmi. Ah les fourmis étaient une
passion inexpliquée pour Marlèna, parfois elle en voyait passer sur le sol,
chargées de miettes de pain récupérées après aux pieds des gardes...
Réveillée de ses pensées par la soif, l'âme perdue se leva
et se dirigea en corps flasque vers son pot d'eau dont même le manche était
fracturé, et soupira en constatant qu'il était vide. Un soupire parmi tant
d'autres, Marlèna avait cessé de les compter, déprimant encore plus à l'idée de
leur nombre. Elle se dirigea, pieds traînant et tête baissée, jusqu'aux barreaux
et dit d'une voix déterminée : - Hé toi, je n'ai plus d'eau... J'ai soif. Mais personne ne répondit. Agacée, l'oeil coulant dû le
froid, la jeune fille pencha la tête et trotilla ses yeux miopes dans le but
d'apercevoir le garde. Il était bien là ; elle en avait distingué les cheveux
gras et courts. - Hé ho, s'il te plait lèves-toi ! Toujours rien. Alors, maudissant cette vie horrible et vide, elle reposa
son pot qui fit un bruit creux au contacte du sol de pierres, et se dirigea
vers la table où se tenait un lavabo. Elle but une gorgée d'eau savonnée et
retourna sur son lit grossièrement tailllé, grimace aux lèvres. Ainsi quelques heures passèrent, Marlèna tournait entre
sont lit, la fenêtre et les barreaux où elle tentait de faire réagir le garde, en
vain. Des heures comme toutes celles qu'elle avait vécu depuis son
"réveil" d'ailleurs. A cette idée, la jeune fille pesta.
****
Enfin la porte s'ouvrit, et comme chaque fois que cela se
produisait, Marlèna, prise de l'espoir qu'enfin un destin se révèle, leva la
tête et sortit du lit en hâte. C'était encore un garde, il portait un plateau de pain et
de jambon, une bouteille à la main. Il sifflotait, même joyeux, son pas était
vif et lourd, mais d'un coup il se stoppa, la bouche ouverte, les yeux écartés,
posés sur son collègue, son ami. Ainsi deux secondes passèrent, immobiles, longues... Le
garde lâcha sa bouteille qui tomba en mille morceaux sur le sol, répandant le
vin qu'elle contenait, colorant de rouge les dalles rustiques. Le garde se
précipita sur sont collègue qui n'avait pas bougé d'un cheveux depuis déjà un
bon moment, il le regardait bêtement, les yeux pleins de larmes, la bouche
ouverte. Puis il s'activa et commença à le secouer violemment- - Hé ! fit-il, hé ho, réveilles-toi, debout, hé ! Tu... Puis les yeux pleins de haine il se tourna versa la jeune
fille, ventre rentré et poitrine gonflée, malgré son effort pour paraître
virile, on voyait qu'il était sous le choc. - Tu... Tu l'as tué ?! - Mais... Non ! Je n'ai rien fait ! dit Marlèna soudainement
prise de panique. L'homme s'enfuit alors au fond du couloir, courant si vite
qu'il faillit oublier qu'une porte l'attendait à la fin du couloir. Dans un
grognement, il s'arrêta net, l'ouvrit et s'y lenca au pas de course. Cinq
minutes après, il revint accompagné de deux hommes. Celui de tête devait être
plus haut placé, parce que mieux vêtu et portant un immense trousseau de clé,
il marchait fièrement, la mine grave. Les deux de derrières, dont le garde que
Marlèna avait vu il y a quelques minutes avaient tête baissée et pleuraient
leur compagnon en silence. Ensembles, ils avancèrent jusque devant la pauvre
fille, où ils firent une halte, quasi militaire. A une lenteur stressante et surnaturelle, le garde de tête
plissa les yeux et leva l'indexe pour pointer Marlèna. - Toi, fit-il en s'adressant à Marlèna, certifies-tu avoir
tué ce garde ? - Non. - Elle ment, chef ! C'est une sorcière ! fit le second. Le troisième lui, baissait toujours la tête, un sourire
malicieux au lèvres. - Oui, souffla celui de tête. Il prit une inspiration puis plongea son regard dans celui
de Marlèna qui frissonna à la vue de toute cette haine. - Toi, tu as tué un des plus brillants de mes gardes, tu
le paieras, sorcière ! Tu peux maintenant commencer à compter les minutes car
dans deux heures au plus, tu seras sur le bûcher, je le jure. Vous, fit-il aux deux autres qui se firent droit comme
réveillez par un coup de fouet, amenez le corps dans un endroit convenable. Et les deux d'exécutèrent. Ils prirent le corps
délicatement qu'ils traînèrent sur le sol bruyamment. Le chef passa ses yeux
sur Marlèna, sur la cage, puis sur le lavabo. Il cracha par terre, fit
demi-tour et s'en alla. Marlèna retourna alors sur son lit pour cinq minutes et
repassa encore vers la fenêtre pour écouter le chant de la pluie. Voilà,
c'était finit pour elle, cette "entre vie" était terminée, enfin du
répit et le départ dans le néant absolu. Mais au fond, elle réfléchit et se dit que tout n'était
pas forcément finit. Elle pouvait prolonger la partie et se forger un destin,
au fond, il suffisait de sortir ! Cette idée l'amusa, oui c'est ça, s'amuser un
peu ! De toute façon elle n'avait rien à perdre si de toute façon, elle
finirait au bûcher ! Soudainement prise d'un nouvel élan et alla d'un pas
joyeux vers les barreaux et observa le sol. Elle sourit, c'est bien ce qui lui
semblait : ils avaient fait tomber la clé de sa cellule en emportant le
corps... C'était une erreur tellement bête de la part des gardes qu'on aurait
pu se demander si elle était volontaire. Telle une gamine jouant à une quelconque chasse au trésor,
elle se pencha, genoux sur le sol glacé et tendit le bras pour attraper la clé,
elle s'avança à s'en déboîter l'épaule, mais n'y parvint pas. Après quelques
secondes de réflexion, la solution se fit voir, et c'est son pied, qu'elle
passa par les barreaux et du bout des orteils traîna avec agilité la clé vers
elle. Sans perdre une seconde elle la ramassa se leva vivement et ouvrit sa
cage. La voilà est libre, ou presque, puisqu'il fallait encore sortir de cet
endroit dont elle ne savait rien.